GALERIE PIERRE-ALAIN CHALLIER

Volcanic fireball

Dec. 8, 2011 – Jan. 14, 2012
Galerie
8, rue Debelleyme 75003 Paris

Duchamp percevait dans les fêlures de son Grand Verre provoquées par de mauvaises conditions de transport “une intention toute faite”. Il accueillait volontiers l’accident, aussi bien dans le processus créatif que dans le cours de la vie d’une œuvre. Guidé de même par une intention parfois non prédéterminée, ouvert aux aléas susceptibles d’intervenir dans la création, John Armleder s’inscrit dans cette tradition du ready made dans son sens large, qui ne concerne pas seulement l’objet, mais aussi les procédés créatifs eux-mêmes, voire les savoir-faire. Boule de feu volcanique avant de devenir surface translucide, le verre est aussi lisse qu’il est fragile. D’abord malléable, il provient du souffle. Sa symbolique autant que la technologie dont il résulte ont fasciné les artistes depuis les temps antiques. Mais c’est aussi dans un héritage familial et culturel que j’ai voulu inscrire le projet, entrepris il y a deux ans, avec John Armleder. Dans les années 1960, ma grand-mère, Peggy Guggenheim, propose à Jean Arp, Alexander Calder, Pablo Picasso et Max Ernst de réaliser à Venise, avec la collaboration du maître-verrier Egidio Costantini, des sculptures en verre. Egidio Costantini se bat alors pour que art et artisanat fusionnent. Il fonde une coopérative permettant à des artistes de créer des œuvres dans son atelier, que Jean Cocteau baptisera la “Fucina degli Angeli”, la forge des anges. À mon tour, j’ai eu le désir de perpétuer l’entreprise en demandant à John Armleder de réaliser des sculptures de verre. Et ainsi, de nouer intimement l’art contemporain et le savoir-faire, vieux de plusieurs siècles, des maîtres-verriers de Murano. De l’étroite collaboration entre Armleder et Silvano Signoretto sont nées des sculptures multiformes, irisées, mouvantes, les unes tableaux peints, avec des inclusions de couleurs, les autres sortes de colonnes sans fin, lointains échos à Brancusi, artiste lui aussi attentif à la matière. Surtout, il aura fallu à Silvano Signoretto et John Armleder une compréhension mutuelle, faire accepter au premier, soucieux de finitude, l’intervention du hasard, chère au second, qui en a fait un leitmotiv de sa pratique artistique. Ces sculptures sont en parfaite continuité avec l’œuvre d’Armleder, où la froide distance le dispute avec la minutie sourcilleuse, le savoir-faire avec la négligence heureuse. Mais aussi la couleur avec la lumière, la forme avec le motif. Marquées par la plénitude de la matière vitreuse, certaines œuvres sorties des fours de Murano comportent des bulles d’air qui forment une surface accidentée quand d’autres semblent découler de la spontanéité du geste, balayant des couleurs au pinceau. À l’occasion de la Biennale de Venise 2011, trois de ces sculptures de verre ont été exposées dans les jardins de la Fondation Guggenheim. Leur réception m’a incité à imaginer la création d’un multiple inspiré de l’une de ces pièces, Silvano, titre-hommage qui donne aussi son nom à cette nouvelle série. Or, multiples, ces dix-huit pièces n’en sont pas moins uniques, autant dans leurs formes que dans leurs couleurs, de l’or irisé au noir opaque, du bleu outremer à un rouge éclatant. Leur unicité est induite par la technique même, tandis que leurs épines, parfois aux couleurs variées, contrarient les exigences habituelles de la technique du verre soufflé. Un coefficient de doute, d’inattendu entre dans leur création. Sous l’impulsion d’Armleder, le maître-verrier a été amené à tenter l’impossible. Si le processus compte en général davantage pour l’artiste, le résultat est époustouflant. C’est une matière encore en fusion, alors que les couleurs y sont comme fossilisées. Spécimens issus d’un cabinet de curiosités, mollusques en mouvement hissés sur leurs tentacules, ces œuvres sont dotées d’une vie propre à chacune d’elles, une vie organique.


Sandro Rumney


8 rue Debelleyme 75003 Paris

Recevoir des informations sur cette oeuvre

Recevoir l’actualité de la galerie